Généalogie de la clinique




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Ali Hmiddouch : Si on revient à cette généalogie de l’europanalyse, vous dites que vous êtes allé vers Husserl parce que c’était un non philosophe…

 



Serge Valdinoci : … le plus authentique possible, l’authenticité a compté…

 



Ali Hmiddouch : … un autodidacte... ; et le basculement ensuite vers la psychiatrie ?

 



Serge Valdinoci : Eh bien j’ai voulu, dans le basculement vers la psychiatrie, essayer de sauver Husserl. En utilisant Binswanger notamment, qui à la fin de sa vie est revenu sur Husserl. Alors qu’une bonne partie des psychiatres ont surtout été heideggerriens. J’ai voulu redonner sa chance à Husserl, d’un autre point de vue, en lui demandant : est-ce que quelque chose émerge sociologiquement (au moins, puisque ça n’émerge pas réellement – au sens précis que je donne au mot réel) ? Et je me suis aperçu finalement que non. La version husserlienne de la pensée, si on peut parler comme ça, est un échec.


Ce qui était une confirmation de la thèse.

 



F. de Dieu : Au moment de la thèse vous travailliez déjà sur le savoir médical… Ce n’est pas un hasard si vous vous êtes tourné vers la médecine psychiatrique. Vous aviez déjà une sensibilité pour le corps, ça apparaît déjà dans la thèse. Comment s’est faite la prise de contact avec ce milieu ? Parce vous avez travaillé avec des gens qui étaient vraiment des cliniciens, que ce soit Fédida, Lantéri-Laura… C’est un milieu qui était réceptif à votre approche husserlienne, à l’enseignement de la philosophie ?

 



Serge Valdinoci : C’est un milieu qui était plus… c’est un milieu qui avait un gros avantage – c’est un peu ce qui se passe ici en France : il faut ne pas être philosophe pour faire de la philosophie. Fédida était ouvert à tout, Lantéri-Laura aussi… Ce sont des gens qui font partie du médical, mais pas de la médicalité au sens étroit, pas de la médicalité comme elle fonctionne en France dans les Facultés.


Fédida d’ailleurs a eu beaucoup de mal à soutenir sa thèse et à devenir professeur à Paris ; on lui a causé des ennuis invraisemblables.

 



F. de Dieu : Pour des raisons idéologiques, politiques … ?

 



Serge Valdinoci : oui, pour des raisons idéologiques. Fédida était un philosophe (psychanalyste et philosophe). Et la philosophie à l’époque n’était pas du tout acceptée par les médecins… Il est entré par la psychanalyse. La psychanalyse, un court moment, ça a permis de rentrer dans la médecine… (c’est fini maintenant…)


Ces gens-là m’ont paru très intéressants, c’est certain. Et puis ils ont réveillé le sentiment de l’étrangèreté que j’ai toujours eu ; parce qu’il semblait étrange ce Fédida, qui était quelqu’un de plus vigile, de très ouvert, très rapide. Fédida, ça lui a plu, ce que je racontais. Simplement il m’a fait la remarque : « Cher Monsieur, il vous manque une méthode. » Ça m’a marqué tout le restant de ma propre carrière intellectuelle : il manque une méthode. J’ai pris acte de ce qu’il me reprochait ; et j’ai construit une méthode.

 



F. de Dieu : Et cette période se faisant encore dans le cadre de la phénoménologie classique, puisque vous arriviez encore à publier chez Nijhoff…

 



Serge Valdinoci : Oui, mais j’ai joué. J’ai publié effectivement chez Nijhoff ; c’est Taminiaux, à qui j’avais envoyé une lettre – paraît-il bien tournée : je lui disais que j’exposais la psychiatrie phénoménologique, que je faisais à la fois une thèse et une synthèse ; ce qui lui a plu – bon qu’il y ait une thèse, ça va (mais pas trop critique, pas trop… thèse…) – c’est que ce soit une synthèse surtout. C’était mal connu, la psychiatrie phénoménologique, donc c’était une façon qui pour la publication était intéressante… puisque c’était une inconnue…

 

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